Je cache mon nom sous un pseudonyme, comme bon nombre d'entre nous. Je suis passée par diverses périodes dans ma vie, passant de la toute jeune adolescente renfermée et colorée, à l'anticonformiste vêtue de noir en passant par la sombre extravagante a l'apparence légèrement plus sage. Actuellement je n'ai pas de style particulier, je mélange, je prends ce qui me plaît. J'ai enfin éclos de toutes ces coquilles qui m'étouffaient et m'éloignaient de celle que je suis. Physiquement. Parce que moralement c'était toujours la même qui dormait en moi, faussée par ce que j'aurais aimé devenir. J'ai fréquenté des personnes inoubliables, certaines d'une générosité telle qu'elles se faisaient berner par les paroles naïves que l'on débitait pour elles, le tout avec le sentiment d'être utile. Et aimées. D'autres personnes, moins fréquentables, complètement fausses, que je plains sincèrement à présent. Le genre de personnes en qui tu crois, et qui te pourrissent de l'intérieur, bien sûr derrière ton dos d'innocent, de trop gentil. Oui je faisais parti de la première catégorie, mais je me suis assombrie, me renfermant complètement sur moi même suite à plusieurs blessures dont je me suis relevée difficilement mais qui restent vives, brûlantes, d'un feu qui me dévore à chaque souvenir de cette ancienne naïveté que j'ai rapidement quitté au sortir de l'enfance. Assombrie, consumée et salie par le charbon des flammes dévorantes qui ont anéanti les restes de l'enfant en moi. Complètement neuve, parfois méchante, complètement incompréhensible pour ceux qui lisaient en moi, j'étais devenue paranoïaque et dépendante. Dépendante d'une affection sans bornes, jalouse au plus haut point, réclamant attention et amour. Une simple reconnaissance, une preuve que je comptais, que je n'étais plus baffouée comme précédemment. Paranoïaque, car obsédée par la pensée des autres à mon propos. Je voulais que l'on m'apprécie, je voulais compter, tellement que j'en étais étouffante et que l'on m'a repproché de mentir sur mon état réel. Mais j'en avais honte. Tellement. Que je me taisais, je n'ai jamais rien dit. Un simple et stupide besoin de reconnaissance. Je fus isolée pendant des mois suite à ces accrochages. Je ne me relevais pas. J'ai cru que je resterais à jamais à genoux, que je ramperais sans but, en espérant que quelqu'un me marche dessus et m'achève, mais c'est comme si une bulle invisible me protégeait de chaque coup, me rendait invisible, ignorée. Le pire sentiment qui puisse exister. L'ignorance. J'étais présente, et absente à la fois. J'étais vivante, mais morte. J'étais là, mais vide. Je ne sentais plus la douleur, je vivais avec, je la cotoyais, c'était en souriant que je sentait mes muscles bouger et tirailler, et le feu renaître des cendres éparpillées en moi. En grimaçant, car les sourires étaient faux, destinés à tromper le monde extérieur, tellement insignifiant et superficiel qu'ils pensaient que je me reconstruisais et que la douleur s'estompait. Personne ne voyait, personne. Personne ne daignait m'achever.C'est en inhalant à fond pour me rappeller que j'étais en vie que je m'écorchais les poumons, et que l'air raclait ma gorge, comme une pierre ponce. Je me souviendrais longtemps de ce goût de sang, en respirant. De ces crampes en me mouvant subitement. De ce froid dont mes larmes étaient emplies en glissant sur mes joues, inconsciemment. De cette douleur quand leur bras m'enveloppaient d'une tiédeur que j'oubliais, d'une tiédeur qui n'étais pas les leur, à elles, celles que je voulais à mes côtés pour m'épauler dans le plus dur moment de ma vie. Je n'avais jamais connu pire souffrance que l'abandon, la haine, la déception et l'ignorance. Le mal-être était devenu un froid polaire, gelant mes os à leur racine, dont je ne voulais sortir, de peur de me consumer à nouveau. Comme une drogue, comme un anti-douleur, un anti-dépresseur. Le mal-être anti-dépresseur... Qu'est-ce qu'on peut être stupide quand on semble toucher le fond. J'ai consulté, j'étais dépressive. J'ai pris des cachets qui me rendaient malade, dans le seul but de ne plus penser. J'étais une loque, un zombie. Un survivant, qui se rappellait du crash, de sa violence. Saleté de douleur, je me réchauffais. Je ne voulais pas. Je n'étais pas prête. Aujourd'hui, je ne prends plus rien, je ne suis toujours pas prête. J'ai peur sous mon assurance, je tremble intérieurement, je ne pleure plus. Je ne suis pas insensible, mais plus de faiblesses visibles de ma part, jamais. Je me le suis promis. J'irai mieux, mais j'ai encore besoin de ce froid intense. Touchez mes mains, vous comprendrez. Regardez dans le noir de mes yeux, vous pouvez la chercher la lueur, elle est tellement enfouie profondément que vous ne la verez pas. Essayez encore de me faire sourire franchement. Mes lèvres se tordront, mes yeux resteront fixes, droits, glacials. Je vais mieux. Mais je garde te telles balafres en moi, que j'ai peur de vouloir les guérir. On ne se remet que difficilement de l'envie d'en finir avec tous ces mensonges, de ces croyances dont on m'a rendu dépendantes, pour mieux les nier. Je vais certes mieux, mais pas encore bien.
